• CARNAGE

    Synopsis : Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la "victime" demandent à s'expliquer avec les parents du "coupable". Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l'affrontement. Où s'arrêtera le carnage ?

    De Roman Polanski avec Jodie Foster, Kate Winslet, John C. Reilly et Christoph Waltz

    Nouveauté

    Adapté d'une pièce de théâtre de Yasmina Reza, ce film de Polanski en a tout à la fois les qualités et les défauts. Huis-clos anxiogène, il brosse le portrait de deux couples à la dérive qui semblent soudés autour de leur progéniture (fallacieux prétexte ?) pour finalement s'effriter peu à peu sous le vernis qui s'écaille.

    Très écrit et très causant, il a bien du mal à démarrer et si on ne s'accroche pas un tant soit peu, on peut vite être lassé du ton et du style vraiment spécial et étriqué.

    L'unité de temps, d'action et de lieu est strictement respectée : on ne sort quasiment jamais de la salle de séjour et les subterfuges pour ramener les protagonistes dans la pièce principale sont quelque peu grossiers.

    Mais une fois le premier quart d'heure un peu pesant passé, on se surprend à s'intéresser à la discussion houleuse, aux personnages qui évoluent d'une façon totalement inattendue et surtout servis par un quatuor de comédiens excellents ; et il fallait une fine équipe pour éviter au film de sombrer dans un chaos total.

    Jodie Foster est toujours parfaite (ici en bourgeoise rigide), John C.Reilly est convaincant, Christoph Waltz est sensationnel et divinement cynique mais des quatre - et fort étonamment car je ne l'aime pas plus que cela d'habitude - c'est Kate Winslet qui est la meilleure. Elle délivre une incroyable prestation et s'avère avoir un semblant de potentiel comique qu'on ne lui soupçonnait jusqu'alors pas.

    Polanski a toutefois bien du mal à faire respirer son film et même s'il cherche des angles pour l'ouvrir et l'aérer (les prises de vue dans le miroir, l'utilisation des plans arrières), on a tendance à chercher de l'air frais, même si le but est justement d'enfermer le spectateur avec les acteurs. Il a toutefois un sens aigu de la mise en scène qui permet de trouver des petits sas de décompression (mais insuffisamment à mon goût).

    Heureusement que le format est plutôt court (1 h 20), plus long cela aurait été trop long, car c'est un peu ardu à suivre. Il n'y a nulle action, tout se situe dans le dialogue. Alors certes il est brillant mais axer une tragi-comédie sociologique uniquement autour du texte peut être difficile à appréhender.

    Pourtant, la joute verbale se révèle souvent grinçante et virulente, monte en puissance et en violence (la métaphore du vomi est très bien vue car j'y vois là une métaphore ...) jusqu'à une fin un peu sèche qu'on aurait souhaité davantage amorale pour s'inscrire dans la continuité de la diatribe (bon point pour la musique en passant).

    Toutefois, on peut en retirer une satire acerbe et féroce. Y chercher à travers certaines subtilités de réalisation ce qui est caché, y puiser ce qu'il faut en déduire des personnages qui se montrent tels qu'ils ne sont pas, y savourer leur mise à nue, chacun dévoilant sans pudeur ni retenue ce qu'il ressent au plus profond de lui même (la réplique finale de Kate Winslet est cisaillante).

    Roman Polanski signe un vrai exercice de style qui a du mordant pour un public averti.


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